Carrion

una-carronya
A slightly cleaned-up version of an image that appeared as a part of a set in this post at Galeria d’imatges X. The illustration is by Xavier Güell. The text is part of a translation of Charles Baudelaire’s Les Fleurs du mal into Catalan by Rossend Llates published at Barcelona in 1926 by Llibreria Catalònia. The displayed text reads

Una Carronya

Us recordeu d'allò que vegérem, mi vida,
     aquell mati d'estiu tan dolç;
al voltar una sendera una béstia podrida
     damunt d'un llit de pedra i pols?

Cames enlaire, com dona luxuriosa
     cremant i suant els verins,
obría de manera cinica i poc curosa
     son ventre que esbravava el dins.

El sol irradiava damunt la podridura
     com a fi de coure-la al punt,
i tornar l'u per cent a la immensa Natura
     de tot el que hi havia junt.

I el cel esguardava la carcassa superba
     com una flor que es va a expandir;
La pudor era forta, tant, que damunt del'herba
     vos us creguéreu esvanir.

The original French text reads


  UNE CHAROGNE


  Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
          Ce beau matin d'été si doux:
  Au détour d'un sentier une charogne infâme
          Sur un lit semé de cailloux,

  Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
          Brûlante et suant les poisons,
  Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
          Son ventre plein d'exhalaisons.

  Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
          Comme afin de la cuire à point,
  Et de rendre au centuple à la grande Nature
          Tout ce qu'ensemble elle avait joint.

  Et le ciel regardait la carcasse superbe
          Comme une fleur s'épanouir;
  La puanteur était si forte que sur l'herbe
          Vous crûtes vous évanouir.

  Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
          D'où sortaient de noirs bataillons
  De larves qui coulaient comme un épais liquide
          Le long de ces vivants haillons.

  Tout cela descendait, montait comme une vague,
          Où s'élançait en pétillant;
  On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
          Vivait en se multipliant.

  Et ce monde rendait une étrange musique
      Comme l'eau courante et le vent,
  Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
      Agite et tourne dans son van.

  Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
      Une ébauche lente à venir
  Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
      Seulement par le souvenir.

  Derrière les rochers une chienne inquiète
      Nous regardait d'un oeil fâché,
  Epiant le moment de reprendre au squelette
      Le morceau qu'elle avait lâché.

  --Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
      A cette horrible infection,
  Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
      Vous, mon ange et ma passion!

  Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
      Après les derniers sacrements,
  Quand vous irez sous l'herbe et les floraisons grasses,
      Moisir parmi les ossements.

  Alors, ô ma beauté, dites à la vermine
      Qui vous mangera de baisers,
  Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
      De mes amours décomposés!

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